Barabbas

Alors que nous discutions du Brexit, un collègue me fit remarquer que le plus ancien référendum connu était celui organisé par Ponce Pilate lorsqu’il proposa au peuple de Jérusalem de choisir qui devait être sauvé : Jésus ou Barabbas. Vous connaissez la suite : la foule choisit de sauver Barabbas (qui disparut aussitôt de la scène) et Jésus fut crucifié.

Cette discussion m’a donné envie d’écrire un article sur ce mystérieux Barabbas à propos duquel il y a beaucoup de choses intéressantes à raconter. Cet article sera aussi l’occasion de rappeler que le travail d’exégèse peut être faussé par une mauvaise traduction (la traduction étant souvent elle-même le résultat inavoué ou inconscient d’un travail d’exégèse…). Comme d’habitude, j’utilise Segond 21 mais je reviendrai régulièrement :

Lorsque je ne le précise pas dans la suite de l’article, je considère que la Segond 21 est correcte (avec modestie : je ne suis pas helléniste).

Que nous disent les Textes ?

L’épisode de Barabbas est cité dans les quatre évangiles canoniques :

15 A chaque fête, le gouverneur avait pour habitude de relâcher un prisonnier, celui que la foule voulait. 16 Ils avaient alors un prisonnier célèbre, un dénommé Barabbas. 17 Comme ils étaient rassemblés, Pilate leur dit: «Lequel voulez-vous que je vous relâche: Barabbas ou Jésus qu’on appelle le Christ ?» 18 En effet, il savait que c’était par jalousie qu’ils avaient fait arrêter Jésus. 19 Pendant qu’il siégeait au tribunal, sa femme lui fit dire: «N’aie rien à faire avec ce juste, car aujourd’hui j’ai beaucoup souffert dans un rêve à cause de lui.» 20 Les chefs des prêtres et les anciens persuadèrent la foule de demander Barabbas et de faire mourir Jésus. 21 Le gouverneur prit la parole et leur dit: «Lequel des deux voulez-vous que je vous relâche ?» Ils répondirent: «Barabbas.» 22 Pilate répliqua: «Que ferai-je donc de Jésus qu’on appelle le Christ ?» Tous répondirent: «Qu’il soit crucifié!» 23 «Mais quel mal a-t-il fait ?» dit le gouverneur. Ils crièrent encore plus fort: «Qu’il soit crucifié!» 24 Voyant qu’il ne gagnait rien mais que le tumulte augmentait, Pilate prit de l’eau, se lava les mains en présence de la foule et dit: «Je suis innocent du sang de ce juste. C’est vous que cela regarde.» 25 Et tout le peuple répondit: «Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants !» 26 Alors Pilate leur relâcha Barabbas; et, après avoir fait fouetter Jésus, il le livra à la crucifixion.
(Matthieu 27:15-26)

6 A chaque fête, il [Ponce Pilate­] relâchait un prisonnier, celui que le peuple réclamait. 7 Il y avait en prison le dénommé Barabbas avec ses complices, pour un meurtre qu’ils avaient commis lors d’une émeute. 8 La foule se mit à demander à grands cris ce qu’il avait l’habitude de leur accorder. 9 Pilate leur répondit: «Voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs ?» 10 En effet, il savait que c’était par jalousie que les chefs des prêtres avaient fait arrêter Jésus. 11 Cependant, les chefs des prêtres excitèrent la foule afin que Pilate leur relâche plutôt Barabbas. 12 Pilate reprit la parole et leur dit: «Que voulez-vous donc que je fasse de celui que vous appelez le roi des Juifs ?» 13 Ils crièrent de nouveau: «Crucifie-le!» 14 «Quel mal a-t-il fait ?» leur dit Pilate. Ils crièrent encore plus fort: «Crucifie-le!» 15 Voulant satisfaire la foule, Pilate leur relâcha Barabbas et, après avoir fait fouetter Jésus, il le livra à la crucifixion.
(Marc 15:6-15)

13 Pilate rassembla les chefs des prêtres, les magistrats et le peuple 14 et leur dit: «Vous m’avez amené cet homme sous prétexte qu’il excitait le peuple à la révolte. Or, je l’ai interrogé devant vous et je ne l’ai trouvé coupable d’aucun des actes dont vous l’accusez; 15 Hérode non plus, puisqu’il nous l’a renvoyé. Ainsi cet homme n’a rien fait qui soit digne de mort. 16 Je vais donc le relâcher après l’avoir fait fouetter.» 17 [A chaque fête, il devait leur relâcher un prisonnier.] 18 Ils s’écrièrent tous ensemble: «Fais mourir celui-ci et relâche-nous Barabbas.» 19 Cet homme avait été mis en prison pour une émeute qui avait eu lieu dans la ville et pour un meurtre. 20 Pilate [leur] parla de nouveau dans l’intention de relâcher Jésus, 21 mais ils criaient: «Crucifie-le, crucifie-le!» 22 Pour la troisième fois, Pilate leur dit: «Quel mal a-t-il fait ? Je n’ai rien trouvé en lui qui mérite la mort. Je vais donc le relâcher après l’avoir fait fouetter.» 23 Cependant ils insistaient à grands cris, demandant qu’il soit crucifié, et leurs cris l’emportèrent, [avec ceux des chefs des prêtres.] 24 Pilate décida de leur accorder ce qu’ils demandaient. 25 Il relâcha celui qui avait été mis en prison pour émeute et pour meurtre, et qu’ils réclamaient, et il livra Jésus à leur volonté.
(Luc 23:13-25)

38 Pilate lui répliqua: «Qu’est-ce que la vérité ?» Sur ces mots, il sortit de nouveau à la rencontre des Juifs et leur dit: «Pour ma part, je ne trouve en lui aucun motif de le condamner. 39 Mais, comme c’est une coutume parmi vous que je vous relâche quelqu’un lors de la Pâque, voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs ?» 40 Alors de nouveau ils crièrent [tous]: «Non, pas lui, mais Barabbas!» Or, Barabbas était un brigand. Alors Pilate ordonna de prendre Jésus et de le fouetter.
(Jean 18:38-19:1)

Chronologiquement cet épisode se situe entre le procès de Jésus et sa flagellation suivie de sa crucifixion. Vous trouverez ici une vue synoptique de ces 4 extraits des évangiles, vue qui peut faciliter la lecture de cet article.

Moins connue, il est aussi fait une allusion au personnage de Barabbas dans les Actes des Apôtres qui racontent la vie des premiers « chrétiens » (principalement Pierre et Paul) après la crucifixion :

12 Quand Pierre vit cela, il dit au peuple: «Israélites, pourquoi vous étonnez-vous de ce qui s’est passé ? Pourquoi fixez-vous les regards sur nous, comme si c’était par notre propre puissance ou par notre piété que nous avions fait marcher cet homme ? 13 Le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de nos ancêtres[a], a révélé la gloire de son serviteur Jésus, celui que vous avez fait arrêter et renié devant Pilate qui était, lui, d’avis de le relâcher. 14 Mais vous, vous avez renié celui qui était saint et juste et vous avez demandé qu’on vous accorde la grâce d’un meurtrier.»
(Actes 3:12-14)

Barabbas dans la littérature apocryphe

La littérature apocryphe relate aussi cet épisode, mais sans apporter d’éléments réellement nouveaux :

Enfin Pilate appela de nouveau Nicodème et les douze hommes qui avaient dit que Jésus n’avait pas été engendré dans l’impudicité. Il leur dit : « Que ferai-je? Il y a sédition dans le peuple. » Ils lui dirent : « Nous ne savons pas, à eux de voir. ». Il amena encore toute la multitude des Juifs, et leur dit : « Vous savez que c’est une coutume pour vous qu’à chaque fête, on vous renvoie un prisonnier. J’ai un brigand en prison lequel est un meurtrier dont le nom est Barabbas et Jésus celui qui est ici debout. Je ne trouve aucun motif de condamnation en lui : quel est celui que vous voulez que je vous renvoie. » Les Juifs crièrent d’une grande voix : « Barabbas! » Il dit : « Que ferai-je de Jésus qu’on nomme le Christ? » Les Juifs dirent : « Crucifiez-le ! » D’autres, parmi les Juifs, dirent : « Toi, tu es l’ami de César. Or il a dit : Je suis Fils de Dieu et je suis roi. » Pilate se mit en colère. Il dit aux Juifs : « Votre nation en tout temps s’est révoltée. Et celui qui vous fait du bien, vous luttez contre lui. » Les Juifs dirent à Pilate : « Qui nous a fait du bien? » Pilate dit : « A ce que j’ai entendu, Dieu vous a tirés d’un esclavage très dur hors de la terre d’Egypte. La mer est devenue pour vous un chemin comme le sec, et vous avez mangé la manne dans le désert, ainsi que des cailles. Il tira pour vous de l’eau d’un rocher pour vous faire boire. Il vous a donné la loi : et malgré cela vous avez irrité Dieu. Dieu a voulu vous détruire. Moïse a prié pour vous, vous n’êtes pas morts, et maintenant vous proférez le mal contre moi. » Pilate se leva de son tribunal. Il chercha à s’en aller. Et les Juifs crièrent. Ils dirent à Pilate : « Nous, le roi, nous le connaissons, ainsi que le César; mais Jésus, nous ne le connaissons pas. En effet, des Mages lui ont apporté des dons de, l’Orient comme roi et lorsque Hérode a su par les Mages qu’un roi était enfanté, il chercha à le faire mourir. Or son père Joseph l’ayant appris se saisit de lui et dé sa mère. Il s’enfuit en Egypte. Quant à Hérode, en vertu de ce qu’il avait appris, il tua les enfants des Hébreux qui étaient nés à Bethléem. » Pilate ayant entendu ces paroles prononcées par les Juifs eut peur. Il imposa silence à la multitude qui poussait des cris et il leur dit : « C’est celui-ci que cherchait Hérode ? » Ils dirent : « Oui, c’est celui-là. » Pilate prit donc de l’eau. Il se lava les mains devant tous en disant : « Je suis innocent de ce sang juste. A vous de voir (ou d’en connaître). » Les Juifs crièrent encore : « Son sang est sur nous et sur nos enfants. » Alors Pilate ordonna de tirer le voile du tribunal dans lequel il était assis. Il rendit la sentence de cette façon : « Sentence de Pilate sur Jésus. Ta nation t’accuse comme roi. C’est pourquoi je te condamne. D’abord, j’ordonne qu’on te flagelle à cause des lois des empereurs et ensuite qu’on te crucifie dans le lieu où l’on t’a saisi, avec Démas et Cystas, les deux voleurs qu’on a saisis avec toi. »
Actes de Pilate – Chapitre IX

Et Pilate, appelant Nicodème à lui et les douze hommes qui disaient que Jésus n’était point né de la fornication, leur parla ainsi : « Que ferai-je, car une sédition éclate parmi le peuple ? » Et ils répondirent : « Nous ne savons ; qu’ils voient eux-mêmes. » Et Pilate, convoquant derechef la multitude, dit aux Juifs : « Vous savez que, suivant la coutume, le jour des azymes, je vous remets un prisonnier (14). J’ai en prison un fameux meurtrier, qui s’appelle Barrabas ; je ne trouve en Jésus rien qui mérite la mort. Lequel voulez-vous que je vous remette ? » Tous répondirent en criant : « Remets-nous Barrabas ! » Pilate dit : « Que ferai-je donc de Jésus, qui est surnommé le Christ ? » Ils dirent tous : « Qu’il soit crucifié ! » Et les Juifs dirent aussi : « Tu n’es pas l’ami de César si tu remets en liberté celui qui se dit Roi et Fils de Dieu ; et tu veux peut-être que ce soit lui qui soit Roi au lieu de César. » Alors Pilate, ému de fureur, leur dit : « Vous avez toujours été une race séditieuse, et vous vous êtes opposés à ceux qui étaient pour vous. » Et les Juifs dirent : « Quels sont ceux qui étaient pour nous ? » Et Pilate répondit : « Votre Dieu, qui vous a délivrés de la dure servitude des Égyptiens, et qui vous a conduits à travers la mer comme à pied sec, et qui vous a donné dans le désert la manne et la chair des cailles pour votre nourriture, et qui a fait sortir de l’eau d’un rocher pour vous désaltérer, et, malgré tant de faveurs, vous n’avez cessé de vous révolter contre votre Dieu, et il a voulu vous faire périr. Et Moïse a prié pour vous, afin que vous ne périssiez pas. Et vous dites maintenant que je hais le Roi. » Et se levant de son tribunal, il voulut sortir. Mais tous les Juifs crièrent : « Nous savons que c’est César qui est Roi et non Jésus. Car les mages lui ont offert des présents comme à un Roi. Et Hérode, apprenant des mages qu’un Roi était né, voulut le faire périr. Son père, Joseph, l’ayant su, l’amena, ainsi que sa mère, et ils s’enfuirent en Egypte. Et Hérode fit mourir les enfants des Juifs qui étaient nés à Bethléem. » Pilate, entendant ces paroles, fut effrayé ; et lorsque le calme fut rétabli parmi le peuple qui criait, il dit : « C’est donc lui qui est ici présent que cherchait Hérode ? » Ils répondirent : « C’est lui. » Et Pilate, prenant de l’eau, lava ses mains devant le peuple en disant : « Je suis innocent du sang de cet homme juste ; songez à ce que vous faites. » Et les Juifs répondirent : « Que son sang soit sur nous et sur nos enfants ! » Alors Pilate ordonna d’amener Jésus devant le tribunal sur lequel il siégeait, et il poursuivit en ces termes, en rendant sentence contre Jésus : « Ta race t’a renié pour Roi. J’ordonne donc que tu sois d’abord flagellé, suivant les statuts des anciens princes. » Il ordonna ensuite qu’il fût crucifié dans le lieu où il avait été arrêté, avec deux malfaiteurs, dont les noms sont Dismas et Gestas.
Evangile de Nicodème – Chapitre IX

(Ces deux extraits sont issus du remarquable site de Philippe Remacle, éminent helléniste et latiniste belge malheureusement disparu.)

Les deux textes sont très proches. Rien de surprenant : l’évangile de Nicodème reprend les Actes de Pilate. Ces textes dateraient du IVème siècle. Plus de détails ici.

Pour être complet sur les écrits apocryphes, citons aussi l’existence de deux lettres que Pilate aurait adressées aux empereurs Tibère (pourquoi pas, Pilate était préfet de Judée sous Tibère) et Claude (peu probable, Pilate n’étant plus préfet de Judée depuis 4-5 ans lorsque Claude devint empereur). Ces 2 lettres n’évoquent pas Barabbas et nous présentent un Pilate plus chrétien que les apôtres eux-même. A lire pour information ici  et ici.

La coutume de relâcher un prisonnier lors d’une fête

Les quatre évangiles évoquent une coutume selon laquelle le gouverneur romain (préfet est le terme exact) de la province de Judée (Ponce Pilate de 26 à 36 après J.C.) aurait relâché un prisonnier à l’occasion d’une fête. La description de cette coutume varie subtilement d’un évangile à l’autre :

  • Pour Matthieu : « À chaque fête, le gouverneur avait pour habitude de relâcher (εἰώθει … ἀπολύειν)  un prisonnier, celui que la foule voulait. » Telle que présentée, cette coutume semble dépendre du « bon-vouloir » du préfet romain et pas d’une règle;
  • Pour Marc : « A chaque fête, il [Ponce Pilate­] relâchait (ἀπέλυεν) un prisonnier, celui que le peuple réclamait. » Comme souvent dans Marc, nous sommes en présence d’un fait brut, sans contexte ;
  • Pour Jean : « Mais, comme c’est une coutume parmi vous (ἔστιν δὲ συνήθεια ὑμῖν) que je vous relâche quelqu’un lors de la Pâque. » Il s’agirait donc d’une coutume juive à l’occasion de leur fête la plus importante : la Pâque (« Pessa’h », qui célèbre l’Exode hors d’Égypte et le début du cycle agricole annuel). Jean ne précise pas si le préfet se plie à la coutume juive de son propre chef ou par obligation.

La citation de Luc (« À chaque fête, il devait leur relâcher un prisonnier ») est un cas particulier. Dans la citation de Segond 21, ce verset est entre crochets parce qu’il n’est pas présent dans toutes les versions du Nouveau Testament, il est notamment absent du Codex Sinaïticus. Quelle que soit son ancienneté, il n’apporte rien au récit.

Certains historiens baptisent cette coutume d’un terme latin : le « privilegium pascalis ». Cela sonne très savant mais disons les choses simplement : c’est une escroquerie. Il n’y a aucune preuve historique (en dehors des évangiles) de l’existence d’une telle coutume.

Toutefois, l’absence de source historique en dehors des évangiles ne signifie pas pour autant que la coutume eut été inventée par les évangélistes. Absence de preuve n’est pas preuve d’absence.

Il existe des témoignages de la libération de prisonniers à l’occasion d’une fête. L’historien romain Tite-Live (-59 av. J.C. – 17 ap. J.C.) relate par exemple la libération de prisonniers lors de la célébration du premier lectisterne (rite de la religion romaine consistant à inviter les dieux à un banquet pour apaiser leur colère) :

(4) Après un hiver rigoureux, l’intempérie du ciel et les brusques variations de l’atmosphère, ou toute autre cause, amenèrent un été pestilentiel et funeste à tous les êtres vivants. (5) Comme on ne voyait ni motif ni terme à ce mal incurable, en conséquence d’un sénatus-consulte on eut recours aux livres Sibyllins. (6) Les duumvirs, chargés des cérémonies sacrées, firent, pour la première fois, un lectisterne dans la ville de Rome; et, pendant huit jours, pour apaiser Apollon, Latone et Diane, Hercule, Mercure et Neptune, trois lits demeurèrent dressés dans le plus magnifique appareil. (7) Les particuliers célébrèrent aussi cette fête solennelle : dans toute la ville on laissa les portes ouvertes, et l’on mit à la portée de chacun l’usage commun de toutes choses : tous les étrangers, connus ou inconnus, étaient invités à l’hospitalité : on n’avait plus même pour ses ennemis que des paroles de douceur et de clémence; on renonça aux querelles, aux procès; (8) on ôta aussi, durant ces jours, leurs chaînes aux prisonniers, et depuis on se fit scrupule de remettre aux fers ceux que les dieux avaient ainsi délivrés.
(Tite-Live – Histoire romaine, Livre V, 13)

Par ailleurs, le privilège de grâce n’était pas réservé à l’Empereur : un préfet romain de l’époque avait lui aussi ce pouvoir. L’historien juif Flavius Josèphe raconte comment un des successeurs de Ponce Pilate (Lucceius Albinus, procurateur de 62 à 64) libéra un certain Jésus, fils d’Ananias (histoire qui présente d’ailleurs quelques similitudes avec la nôtre) :

Mais voici de tous ces présages le plus terrible : un certain Jésus, fils d’Ananias, de condition humble et habitant la campagne, se rendit, quatre ans avant la guerre, quand la ville jouissait d’une paix et d’une prospérité très grandes, à la fête où il est d’usage que tous dressent des tentes en l’honneur de Dieu, et se mit soudain à crier dans le Temple : « Voix de l’Orient, voix de l’Occident, voix des quatre vents, voix contre Jérusalem et contre le Temple, voix contre les nouveaux époux et les nouvelles épouses, voix contre tout le peuple ! » Et il marchait, criant jour et nuit ces paroles, dans toutes les rues. Quelques citoyens notables, irrités de ces dires de mauvais augure, saisirent l’homme, le maltraitèrent et le rouèrent de coups. Mais lui, sans un mot de défense, sans une prière adressée à ceux qui le frappaient, continuait à jeter les mêmes cris qu’auparavant. Les magistrats, croyant avec raison, que l’agitation de cet homme avait quelque chose de surnaturel, le menèrent devant le gouverneur romain. Là, déchiré à coups de fouet jusqu’aux os, il ne supplia pas, il ne pleura pas mais il répondait à chaque coup, en donnant à sa voix l’inflexion la plus lamentable qu’il pouvait : « Malheur à Jérusalem ! » Le gouverneur Albinus lui demanda qui il était, d’où il venait, pourquoi il prononçait ces paroles ; l’homme ne fit absolument aucune réponse, mais il ne cessa pas de réitérer cette lamentation sur la ville, tant qu’enfin Albinus, le jugeant fou, le mit en liberté.
(Flavius Josèphe – La Guerre des Juifs, Livre V, III)

Lors de la Pâque, le même Flavius Josèphe explique que la population de Jérusalem croissait jusqu’à plusieurs centaines de milliers de personnes (pour une population normale de 80.000 personnes selon des estimations modernes). Même si ce chiffre est probablement exagéré (comme tous les chiffres des auteurs antiques), Jérusalem était sans aucun doute envahi de pèlerins lors de la Pâque juive. On peut imaginer l’intérêt d’un préfet romain – en charge de la sécurité avec un effectif réduit – à s’attirer la bienveillance de la foule en lui libérant un prisonnier.

En synthèse, même si la coutume n’est pas avérée par des sources historiques externes aux évangiles, elle est néanmoins plausible : des coutumes semblables existaient dans le monde romain et Ponce Pilate avait le pouvoir et l’intérêt personnel à libérer un prisonnier à l’occasion de la Pâque juive.

Référendum populaire … mais qui a répondu et à quelle question ?

Là-encore, nous observons de subtiles différences dans la narration des quatre évangélistes.

Qui est consulté ?

Les trois évangiles canoniques sont globalement cohérents :

  • Pour Matthieu et Marc, la « foule » est consultée mais est sous influence (« Les chefs des prêtres et les anciens persuadèrent la foule de demander Barabbas et de faire mourir Jésus » ou « Cependant, les chefs des prêtres excitèrent la foule afin que Pilate leur relâche plutôt Barabbas. ») ;
  • Luc indique que « les chefs des prêtres, les magistrats et le peuple » sont consultés par Ponce Pilate et choisissent eux-aussi spontanément Barabbas.

Seul Jean nous raconte une histoire un peu différente : Ponce Pilate « sortit de nouveau à la rencontre des Juifs ». Dans le contexte global du passage (je n’ai pas recopié la description complète du procès), le terme « les Juifs » désignerait plutôt les grands prêtres et leurs acolytes qui ont amené Jésus devant le préfet et non une foule anonyme réunie devant son palais.

Marc et Matthieu utilisent le terme de « foule » (ὄχλῳ) alors que Luc utilise le mot « peuple » (λαὸν), qui un concept plus englobant, et que Jean finit par utiliser le mot Juifs (Ἰουδαίους). Il est couramment admis par la communauté des historiens que les évangiles ont été écrits dans l’ordre Marc, Matthieu et Luc pour finir par Jean. Avec cette chronologie en tête, on s’aperçoit que, plus le temps passe, plus les évangélistes mettent la responsabilité sur le dos des Juifs. D’une foule anonyme dans Marc et Matthieu, les interlocuteurs de Pilate deviennent le peuple puis nommément les Juifs. Cette progression dans la culpabilité des Juifs, qui va de pair avec l’innocence de plus en plus prononcée de Pilate (qui culmine dans les apocryphes cités plus haut) est une constante des évangiles. Les premiers évangélistes étaient des gens pragmatiques : la religion naissante avait tout intérêt à s’attirer les faveurs des autorités impériales. Dans le contexte des révoltes juives, il était urgent de s’affranchir du judaïsme.

Il est donc historiquement impossible de savoir à qui Ponce Pilate s’est adressé : la foule devant son palais – seule ou sous l’influence des prêtres – ou un petit groupe de personnes venues le voir dans son palais.

Quelle question est posée ?

Matthieu et Marc s’accordent pour dire que le peuple (ou la foule) décide de la personne à libérer :

  • Marc : « A chaque fête, il relâchait un prisonnier, celui que le peuple réclamait »;
  • Matthieu : « A chaque fête, le gouverneur avait pour habitude de relâcher un prisonnier, celui que la foule voulait. »

L’utilisation du mot « peuple » est un choix de traduction de Segond 21 que je trouve malheureux et incohérent avec le reste. Le terme grec utilisé est très vague : « à eux » (αὐτοῖς). Dans le fil du texte, on pourrait assimiler le « à eux » aux « chefs des prêtres, les anciens, les spécialistes de la loi et tout le sanhédrin » tel qu’écrit dans Marc 15:1. La TOB est plus correcte et traduit quant à elle par « leur ».

Luc et Jean sont plus vagues et ne précisent pas qui choisit le prisonnier :

  • Luc : « A chaque fête, il devait leur relâcher un prisonnier. »
  • Jean : « … c’est une coutume parmi vous que je vous relâche quelqu’un lors de la Pâque… »

Suivant les évangiles, la manière dont le prisonnier à libérer est choisi n’est pas décrite de façon identique :

  • Selon Matthieu, Ponce Pilate pose une question semi-ouverte en laissant le choix entre Jésus et Barabbas;
  • Selon Marc et Luc, Ponce Pilate pose une question fermée en proposant de libérer Jésus ;
  • Selon Jean, Ponce Pilate informe ses interlocuteurs de sa volonté de relâcher Jésus. Face au refus de ses interlocuteurs, il accepte au final de libérer Barabbas, tel que réclamé par ses interlocuteurs.

Autre différence : dans les évangiles de Marc et Luc, Ponce Pilate pose trois fois la question et, à chaque fois, le peuple et/ou les grands prêtres refusent, en criant de plus en plus fort. Dans Matthieu la question est même posée quatre fois.

Par contre, Jean ne raconte pas ce triple (ou quadruple) refus et se contente d’indiquer :

Alors de nouveau ils crièrent [tous]: «Non, pas lui, mais Barabbas !»

Le terme « de nouveau » laisse tout de même supposer l’existence d’autres refus, non relatés par Jean, sur le modèle des trois refus des évangiles synoptiques. Dans la TOB le terme « de nouveau » est absent :

Alors ils se mirent à crier : «Non, pas lui, mais Barabbas !»

Pourtant, le texte grec du Codex Sinaïticus contient bien ce terme :

εκραυγαϲα ουν παλιν λεγοντεϲ μη τουτον αλλα τον βαραββα ην δε ο βαραββαϲ ληϲτηϲ.

La TOB a supprimé ce terme, probablement par souci de cohérence du récit global, mais je ne suis pas d’accord avec ce choix de traduction. Si on se fie au texte grec du Codex Sinaïticus, on serait donc tenté de croire à plusieurs refus successifs.

Le triple refus raconté par Marc et Jean est à mettre en parallèle du triple reniement de Pierre raconté un peu plus tôt par l’ensemble des quatre évangélistes. Je cite uniquement Matthieu, les trois autres relations (Marc 14:66-72, Luc 22:54-62 et Jean 18:15-25) étant quasi-identiques :

69 Or Pierre était assis dehors dans la cour. Une servante s’approcha de lui et dit: «Toi aussi, tu étais avec Jésus le Galiléen.» 70 Mais il le nia devant tous en disant: «Je ne sais pas ce que tu veux dire.» 71 Comme il se dirigeait vers la porte, une autre servante le vit et dit à ceux qui se trouvaient là: «Cet homme [aussi] était avec Jésus de Nazareth.» 72 Il le nia de nouveau, avec serment: «Je ne connais pas cet homme.» 73 Peu après, ceux qui étaient là s’approchèrent et dirent à Pierre: «Certainement, toi aussi tu fais partie de ces gens-là, car ton langage te fait reconnaître.» 74 Alors il se mit à jurer en lançant des malédictions: «Je ne connais pas cet homme.» Aussitôt un coq chanta. 75 Pierre se souvint alors de ce que Jésus [lui] avait dit: «Avant que le coq chante, tu me renieras trois fois.» Il sortit et pleura amèrement. (Matthieu 26:69-75)

Le chiffre « trois » n’est pas anodin et revêt une symbolique importante dans le judaïsme de l’époque. Ce chiffre exprime la totalité, la plénitude : il y a 3 dimensions du temps (le passé, le présent et l’avenir); Noé eut trois fils (Genèse 6:10, Genèse 7:13 et Genèse 9:19) qui sont les ancêtres de tous les êtres humains; son arche avait 3 étages (Genèse 6:16); Abraham met 3 jours pour atteindre l’autel où il pense devoir sacrifier son fils Isaac (Genèse 22:4), Moïse fut caché pendant 3 mois par sa mère (Exode 2:2), les hommes devront rendre grâce à Dieu 3 fois par an (Exode 23:14, Exode 23:17, Exode 33:24-25)… Je m’arrête ici : il y a plus de 350 références au chiffre 3 dans l’Ancien et le Nouveau Testament.

Quant au quadruple refus raconté par Matthieu, reprenons-le in-extenso :

Pilate leur répondit: «Voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs ?» 10 En effet, il savait que c’était par jalousie que les chefs des prêtres avaient fait arrêter Jésus. 11 Cependant, les chefs des prêtres excitèrent la foule afin que Pilate leur relâche plutôt Barabbas. 12 Pilate reprit la parole et leur dit: «Que voulez-vous donc que je fasse de celui que vous appelez le roi des Juifs ?» 13 Ils crièrent de nouveau: «Crucifie-le!» 14 «Quel mal a-t-il fait ?» leur dit Pilate. Ils crièrent encore plus fort: «Crucifie-le!»

Le premier refus est relaté de manière un peu différente des trois autres (et des trois refus relatés par Marc et Luc) : la première réponse des chefs des grands prêtres n’est pas écrite sous forme de dialogue, mais dans un style indirect, comme si ce quatrième refus n’avait pas le même poids que les trois autres, comme si l’évangéliste voulait nous indiquer qu’il n’y avait pas uniquement trois refus mais en fait quatre.

J’ai envie de le rapprocher ce passage d’une citation du prophète Amos :

6 Voici ce que dit l’Eternel : à cause de trois crimes d’Israël, même de quatre, je ne reviens pas sur ma décision, parce qu’ils ont vendu le juste pour de l’argent, et le pauvre pour une paire de sandales.
Amos 2:6

Encore une fois je trouve une citation d’Amos « troublante » dans le contexte des évangiles et je regrette que les exégètes actuels ne l’étudient pas plus en détail.

Les quatre évangélistes s’accordent sur un fait : un dénommé Barabbas est choisi au lieu de Jésus (ou de tout autre prisonnier) à l’issue d’un dialogue entre Ponce Pilate et ses interlocuteurs. Mais il est historiquement impossible de retracer les détails de ce dialogue : quelle question a été posée ? Y a-t-il eu même une question ?

Qui est Barabbas ?

Marc raconte qu’ « il y avait en prison le dénommé Barabbas avec ses complices, pour un meurtre qu’ils avaient commis lors d’une émeute ». Le texte grec correspondant est :

« ην δε ο λεγομενοϲ βαραββαϲ μετα των ϲταϲιαϲτων δεδεμενοϲ οιτινεϲ εν τη ϲταϲι φονον τινα πεποιηκειϲαν »

Dans ce cas précis, la traduction Segond 21 ne me plait pas du tout :

  • Le mot grec traduit par « complices » est « ϲταϲιαϲτων » qui veut dire en fait « émeutiers » et fait d’ailleurs écho au mot « ϲταϲι » un peu plus loin qui – lui – est correctement traduit par « émeute » (autres traductions possible : querelle, sédition, révolte contre les autorités);
  • Les émeutiers en question ne sont en aucun cas présentés comme des complices de Barabbas.

Je préfère dans ce cas précis la traduction « mot à mot » de la TOB qui manque d’élégance mais ne transforme pas le sens du verset :

« Or celui qu’on appelait Barabbas était en prison avec les émeutiers qui avaient commis un meurtre pendant l’émeute. »

Marc ne parle pas d’une émeute en général mais de l’émeute (τη ϲταϲι), ce qui laisse penser que :

  • l’émeute est une émeute célèbre (un peu comme la prise de la Bastille)
  • ou que l’émeute en question a été décrite précédemment dans le livre. Nous avons dans ce cas deux émeutes « candidates »:
    • Jésus chassant les marchands du Temple (Marc 11:15-19),
    • l’arrestation de Jésus dans les jardins de Gethsémani (Marc 14:47-50) quand l’un de ses compagnons « […] là tira l’épée, frappa le serviteur du grand-prêtre et lui emporta l’oreille ».

En lisant Marc, Barabbas semble donc être un surnom et on se demande s’il n’est pas la simple victime d’une rafle à l’occasion d’une émeute qu’il n’est malheureusement pas possible d’identifier par les indices laissés par le texte.

Matthieu nous présente Barabbas comme un « prisonnier célèbre » sans autre indication des circonstances et raisons de son arrestation.

Luc est très proche de Marc puisqu’il indique que « cet homme avait été mis en prison pour une émeute qui avait eu lieu dans la ville et pour un meurtre » et plus loin « il relâcha celui qui avait été mis en prison pour émeute et pour meurtre ». La culpabilité de Barabbas est cette fois-ci plus évidente : il a participé à une émeute et est accusé de meurtre. A noter au passage que la distinction entre « pour un meurtre » et « pour meurtre » n’existe pas dans le texte grec. Inutile de gloser dessus. Luc ne donne aucune indication sur l’émeute qui est déclassée comme « une » émeute par rapport à la narration de Marc.

Par contre Jean le décrit simplement comme un « brigand ». Le mot grec correspondant est « ληϲτηϲ » (lestes). Dans le contexte des évangiles (Matthieu 27:38 et 27:44, Marc 11:17, 14:48 et 15:27, Luc 10:30, 10:56, 19:46 et 22:52, Jean 10:1, 10:8 et 18:40), ce terme est utilisé pour décrire un voleur violent, un bandit de grand chemin. Même contexte pour la 2ème épitre aux Corinthiens (11:26) ou de nombreuses citations de l’Ancien Testament…

Flavius Josèphe utilise quant à lui ce terme pour désigner un rebelle à l’ordre romain, un séditieux (un « zélote », mouvement politico-religieux au Ier siècle qui incitait le peuple de la province de Judée à se rebeller contre l’Empire romain et l’expulser par la force des armes). Mais ce mot est utilisé dans le contexte plus tardif de la révolte juive contre les Romains. Quand un évangile nous parle de « zélote », le mot grec utilisé est ζήλωτές (mot qui se traduit par « fanatique »)  et pas ληϲτηϲ :

Matthieu; Thomas; Jacques, fils d’Alphée; Simon, appelé le zélote (Luc 6:15)

Quand ils furent arrivés, ils montèrent à l’étage dans la pièce où ils se tenaient d’ordinaire; il y avait là Pierre, Jean, Jacques, André, Philippe, Thomas, Barthélémy, Matthieu, Jacques, fils d’Alphée, Simon le zélote et Jude, fils de Jacques. (Actes 1:13)

Beaucoup d’exégètes actuels (dont le pape émérite Benoit XVI) font de Barabbas un rebelle à l’ordre romain avec ce raisonnement : comme à l’époque où les évangiles ont été écrits (après la destruction du Temple en 61) le mot « ληϲτηϲ » désignait les « zélotes » dans la bouche des autorités romaines (rappelons que Flavius Josèphe était un Juif qui s’était rendu à l’empereur Vespasien et son fils Titus)  alors il ne faut pas prendre le mot dans son sens habituel de « brigands » mais pour le sens de « rebelles ». Ce raisonnement me dérange pour deux raisons :

  1. il privilégie le sens supposé au moment de l’écriture du texte au détriment du sens habituel au sein même du texte;
  2. il me rappelle une situation quasi-contemporaine. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, les Allemands  qualifiaient les résistants de « bandits », ce n’est pas pour autant que tous les écrivains de l’époque associaient « bandits » et « résistants ». N’oublions pas que Flavius Josèphe était un collaborateur des Romains (je choisis ce terme à escient) et donc utilisait leur langage, ce qui n’est pas le cas des évangélistes.

Le pedigree de ce Barabbas est difficile à cerner : pauvre type raflé, bandit ou séditieux en conflit avec les autorités romaines (« zélote ») arrêté pour meurtre lors d’une émeute ? Si Barabbas est simplement un brigand (comme le désigne Jean), on n’imagine pas la foule réclamer sa libération, sauf à le considérer comme le Robin des Bois de l’époque. A contrario un séditieux contre les autorités romaines pourrait avoir été populaire auprès de la foule mais on n’imagine pas le préfet romain (en charge du maintien de l’ordre) le relâcher.

Dans tous les cas, il semble avoir une certaine notoriété à l’époque puisque :

  • il est connu de Pilate qui propose son nom (selon Matthieu);
  • il est connu de la foule (selon les trois autres évangélistes);
  • Ni Pilate, ni la foule ne proposent ou ne demandent la libération d’une autre personne, notamment celle des deux brigands crucifiés avec Jésus quelques heures plus tard (« le bon et le mauvais larrons »). Les évangélistes ne citent d’ailleurs même pas leur nom. Il faut attendre l’évangile apocryphe de Nicodème (cité plus haut) pour les identifier à Gesmas  et Dismas.

Quand Barabbas devient (un) Jésus

Reprenons la question que Matthieu met dans la bouche de Pilate :

« Lequel voulez-vous que je vous relâche : Barabbas ou Jésus qu’on appelle le Christ ? »

Certaines versions de l’évangile de Matthieu (en syriaque) nomment Barabbas … « Jésus Barabbas ». La question de Pilate s’en trouve immédiatement plus équilibrée puisqu’elle devient

« Lequel voulez-vous que je vous relâche : Jésus Barabbas ou Jésus qu’on appelle le Christ ? ».

Comme le signale Daniel Marguerat (dans son ouvrage « L’aube du christianisme » – Page 71 Note 109), « le nom Jésus Barabbas a été effacé dans la plupart des manuscrits onciaux (IV-Vème siècle) et dans les traductions latines, Vulgate comprise ; il a été préservé dans quelques manuscrits dits minuscules et quelques témoins de la version syriaque ».

Se pose alors la question de l’authenticité historique de la version « Jésus Barabbas ».

Le prénom Jésus était très répandu à l’époque : on en trouve de multiples exemples dans la Bible ou les écrivains juifs contemporains (Flavius Josèphe en identifie une dizaine) ou sur des ossuaires. Statistiquement retrouver 2 prisonniers s’appelant Jésus au même moment dans les geôles romaines n’aurait donc rien eu de surprenant. On comprend par ailleurs aisément pourquoi ce prénom aurait été censuré par la tradition chrétienne. Le père de l’église Origène écrit d’ailleurs au IIIème siècle dans son commentaire de Matthieu que le prénom Jésus fut supprimé « de peur que le nom de Jésus ne convienne aussi à un scélérat ».

On peut aussi comprendre la raison qui aurait pu pousser un écrivain chrétien (évangéliste ou copiste plus tardif) à ajouter le prénom « Jésus » à Barabbas : la symétrie des noms accentue l’effet dramatique du choix entre le bon et le méchant, le coupable et l’innocent, le Bien et le Mal… Ce qui est étrange est que le nom « Jésus Barabbas » ne subsiste que dans des copies de Matthieu, jamais d’un autre évangile.

Intéressons-nous maintenant à l’étymologie du (sur)nom « Barabbas ». Le préfixe « Bar » signifie « fils de » en araméen. De nombreux personnages des évangiles ou historiques sont nommés Bar-xxx. Citons par exemple:

  • Barthelémy, un des 12 apôtres cité par les évangiles synoptiques (Bar Tolmay en araméen, nom qui pourrait signifier « fils de Ptolémée »)
  • Barnabas  («fils de Nébo»), l’un des compagnons de Paul;
  • Bar Kochba  (« fils de l’Etoile ») qui dirigea la révolte contre les Romains de 132 à 135.

A partir de ce préfixe « bar » communément accepté, plusieurs interprétations sont possibles pour la seconde partie du nom.

 « Barabbas » = « Bar Rabban »

Selon Saint Jérôme, l’Evangile des Hébreux (évangile disparu de nos jours que l’on ne connait qu’au travers de citations des pères de l’église) écrivait non pas « Barabbas » mais « Bar Rabban », ce qui signifie « le fils du maître ». Le mot araméen « Rabban » a donné le mot « rabbin ». Comme il s’agit de la seule référence à cette orthographe, il est difficile de commenter. Pourquoi pas mais peu probable historiquement. Sans doute une erreur de copiste…

« Barabbas » = « Bar Rabba »

Pour autant que je sache, aucun historien n’a évoqué l’hypothèse de la référence à la ville de Rabba (actuellement Amman, capitale de la Jordanie). C’était à l’époque une ville importante du Moyen-Orient qui fut rebaptisée Philadelphia par le pharaon Ptolémée II (fils d’un général d’Alexandre le Grand). Barabbas serait donc simplement originaire de cette ville.

On trouve de nombreuses références à Rabba dans l’Ancien Testament, elle était à l’époque la capitale des Ammonites, des ennemis du roi David et de ses successeurs. Une des références a une certaine résonance avec l’histoire de Jésus et du judaïsme de l’époque (rappelons que le Temple de Jérusalem fut détruit par les troupes de Titus en 62, que Rome est souvent appelée la nouvelle Babylone et que Jésus se surnomme lui-même « fils de l’homme »). Je ne reproduis que certains extraits et vous laisse lire le chapitre dans sa globalité  :

Jugement d’Israël et des Ammonites
21 La parole de l’Eternel m’a été adressée: 2 « Fils de l’homme, tourne ton visage vers la droite et interpelle le sud ! Prophétise à l’intention de la forêt qui est dans la région du Néguev ! […]
7 « Fils de l’homme, tourne ton visage vers Jérusalem et interpelle les lieux saints ! Prophétise à l’intention du territoire d’Israël ! 8 Tu diras au territoire d’Israël: ‘Voici ce que dit l’Eternel : Je m’en prends à toi. Je tirerai mon épée de son fourreau et j’éliminerai de chez toi le juste et le méchant. […]
11 Quant à toi, fils de l’homme, gémis! Plié en deux et rempli d’amertume, gémis sous leurs yeux ! […]
24 « Et toi, fils de l’homme, trace deux chemins que pourra emprunter l’épée du roi de Babylone. Tous les deux doivent sortir du même pays. Au début des chemins, place un panneau qui signale la ville où ils conduisent. 25 Tu traceras l’un des chemins pour que l’épée arrive à Rabba, la capitale des Ammonites, et l’autre pour qu’elle arrive en Juda, à Jérusalem, la ville fortifiée. 26 En effet, le roi de Babylone se tient au carrefour, au début des deux chemins, pour faire des prédictions: il secoue les flèches, il interroge les théraphim, il examine le foie. 27 Dans sa main droite se trouve le sort qui désigne Jérusalem: on devra y placer des machines de guerre, commander la tuerie et pousser des cris de guerre; on positionnera des machines de guerre contre les portes, on mettra en place des remblais, on construira des retranchements. 28 Ils ne voient là que de fausses prédictions, eux qui se sont engagés par serment. Mais lui se souvient de leur faute, de sorte qu’ils seront capturés. […]
31 Voici ce que dit le Seigneur, l’Eternel: La tiare sera retirée, le diadème sera enlevé. Tout va changer: ce qui est bas sera élevé, et ce qui est haut sera abaissé. 32 J’en ferai une ruine, une terrible ruine. Il n’y en aura plus de pareille jusqu’à la venue de celui à qui appartient le jugement, celui à qui je l’aurai remis. […]
(Ezéchiel 21)

Ponce Pilate (le représentant de la nouvelle Babylone) a eu le choix entre Jésus (Jérusalem et le peuple juif) et Barabbas (l’originaire de Rabba). Il a choisi de crucifier Jésus, symbole de la destruction à venir de Jérusalem. Comme souvent dans l’exégèse quand on cherche des références dans l’Ancien Testament, on en trouve toujours. Mais j’aimerais tout de même que de vrais historiens explorent cette piste.

« Barabbas » = « Bar Abba »

Dans le texte grec, Barabbas est parfois simplement écrit « Barabba ». Le « s » final résulte de l’hellénisation d’un nom araméen (c’est la marque du génitif). Suivant les cas, « Abba » pourrait signifier :

  • un simple nom de famille;
  • « Papa »
  • une version déformée de « Sabas » ;
  • le Diable.

« Abba » simple nom de famille

L’option où « Abba » serait un nom de famille ne nous amène pas à grand-chose. On ne trouve nulle part de référence à une personne du nom d’Abba. Donc, en terme d’analyse, cette option est un cul de sac … ce qui ne signifie pas pour autant que ce ne soit pas la vérité.

« Abba » synonyme de « Papa »

La deuxième option est le plus en vogue chez les exégèses. En araméen « Abba » désigne de façon familière le « père », ce que nous traduirions de nos jours par « Papa ». Barabbas serait donc le fils de son père (Lequel ? Encore une impasse…) ou le « fils à Papa ».

Or nous avons la trace dans l’évangile de Marc de Jésus s’adressant à Dieu en l’appelant « Abba » :

« Il disait: «Abba, Père, tout t’est possible. Eloigne de moi cette coupe ! Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux.» » (Marc 14:36)

Cet appel « familier » à Dieu se retrouve par ailleurs dans la bouche de Paul :

Et vous n’avez pas reçu un esprit d’esclavage pour être encore dans la crainte, mais vous avez reçu un Esprit d’adoption, par lequel nous crions: «Abba ! Père !» (Romains 8:15)

Et parce que vous êtes ses fils, Dieu a envoyé dans votre cœur l’Esprit de son Fils qui crie: «Abba ! Père !» (Galates 4:6)

Barabbas serait donc le « fils du père ». Benoit XVI va plus loin en faisant de Barabbas une figure messianique, rebelle voulant débarrasser son pays de l’occupant romain en prenant comme exemple Barkochba (meneur de la seconde grand révolte juive dans les années 130) qui fut désigné comme messie. Benoit XVI voit dans ce passage un choix entre deux formes de messianisme : la forme violente représentée par Barabbas (et qui sera la forme retenue deux fois par les Juifs, en 61 et en 132, pour leur malheur) et la forme pacifique représentée par Jésus.

Certains historiens vont encore plus loin : « Barabbas » ne serait qu’un surnom donné à Jésus pour se moquer de son habitude de s’adresser à Dieu en l’appelant « Papa » : [Jésus] Barabbas et Jésus le Christ ne serait qu’une seule et même personne !

Cette hypothèse est provocatrice mais séduisante car elle permet de relier logiquement plusieurs faits :

  • L’émeute dans laquelle Barabbas aurait été arrêté ne serait autre que l’épisode de Jésus chassant les marchands du Temple;
  • Dans certains récits des évangiles, Jésus apparaît comme une personne violente soit dans ses actes (l’épisode des marchands du Temple), soit dans ses propos. Il aurait pu avoir cette dualité de comportement dans la vie réelle et Pilate ferait une sorte d’exorcisme en extrayant de la personne de Jésus sa part humaine, sa part mauvaise pour finalement crucifier la part

Suivant cette logique, le récit même du choix entre Jésus et Barabbas serait une construction théologique pour représenter le choix qu’auraient eu à faire les Juifs entre le Bien (représenté par Jésus) et le Mal (représenté par Barabbas). C’est la thèse notamment défendue par Gérard Mordillat et Jérôme Prieur  dans leur livre « Jésus contre Jésus » (qui est lui-même issu de l’excellente série TV Corpus Christi diffusée sur ARTE en 1997).

« Abba » version déformée de « Sabas »

C’est une option que je n’ai jamais lu non plus. Les Actes des Apôtres font succinctement référence à deux personnages :

La tradition les a identifiés à des frères puis à des cousins de Jésus (à cause de la virginité de Marie). Barabbas et Barsabas ne sont pas si éloignés et, théologiquement, le nom « Abba » est plus porteur que celui de « Sabas » comme on peut le voir au travers des discussions précédentes. Jésus aurait pu avoir comme « vrai » nom Barsabas, nom que les évangélistes auraient déformé pour en faire « Barabbas ». La déformation d’un nom est caractéristique d’un midrash, technique juive d’exégèse des textes bibliques.

« Abba » synonyme du Diable

Citons enfin par souci d’exhaustivité l’interprétation Saint-Thomas d’Aquin. Dans son commentaire de Matthieu, il considère que « Abba » désigne le Diable :

Ensuite, [Matthieu] présente l’occasion fournie par un prisonnier appelé Barabbas, ce qui veut dire «fils du père», à savoir, du Diable.

J’ai mis du temps à comprendre cette interprétation. Je pense qu’elle est issue de la description  du rituel du Grand Jour des Expiations (le Yom Kippour) que l’on trouve dans l’Ancien Testament :

Il recevra de l’assemblée des Israélites deux boucs pour le sacrifice d’expiation et un bélier pour l’holocauste. Aaron offrira son taureau expiatoire et il fera l’expiation pour lui et pour sa famille. Il prendra les deux boucs et les placera devant l’Eternel, à l’entrée de la tente de la rencontre.Il tirera au sort entre les deux boucs: l’un sera pour l’Eternel et l’autre pour Azazel[b]. Il fera approcher le bouc tiré au sort pour l’Eternel et il l’offrira en sacrifice d’expiation. 10 Le bouc tiré au sort pour Azazel sera placé vivant devant l’Eternel, afin de servir à faire l’expiation et d’être lâché dans le désert pour Azazel.
(Lévitique 15:5-10)

Ce rituel est à l’origine de l’expression « Bouc émissaire ». Le personnage d’Azazel est mystérieux mais est souvent associé à Satan, au Diable.

« Barabbas » = « Carabas »

L’historien juif Philon qui vécut à Alexandrie de – 12 à +54 nous raconte une histoire troublante dans son livre « Contre Flaccus »:

[36] Il y avait à Alexandrie un fou, nommé Carabas, non pas de ceux dont la folie sauvage et furieuse se tourne contre eux-mêmes ou contre ceux qui les approchent; il était d’humeur douce et tranquille. [37] Ce fou, bravant le froid et le chaud, errait jour et nuit dans les rues, servant de jouet aux jeunes gens et aux enfants désœuvrés. On traîna ce misérable au gymnase, là on l’établit sur un lieu élevé afin qu’il fût aperçu de tous. On lui plaça sur la tête une large feuille de papier en guise de diadème, sur le corps une natte grossière en guise de manteau; quelqu’un ayant vu sur le chemin un roseau,  le ramassa et le lui mit dans la main en place de sceptre. [38] Après l’avoir orné ainsi des insignes de la royauté et transformé en roi de théâtre, des jeunes gens, portant des bâtons sur leurs épaules, formèrent autour de sa personne comme une garde; puis les uns vinrent le saluer, d’autres  lui demander justice, d’autres lui donner conseil sur les affaires publiques. [39] La foule environnante l’acclama à grande voix, le saluant du titre de Marin, mot qui en syriaque signifie, dit-on, prince. Or ils savaient bien qu’Agrippa était d’origine syrienne, et que la plus grande partie de son royaume était en Syrie.
(Contre Flaccus ou de la Providence – 36-39)

Aulus Avilius Flaccus était le Ponce Pilate de l’Egypte de 31-32 à 37-38. Il est donc contemporain de Jésus. Philon l’accuse dans son livre de différentes actions contre la communauté juive d’Alexandrie (la deuxième à l’époque). Dans cet extrait, Philon nous raconte des événements survenus à l’occasion de la visite à Alexandrie  en 38 ap. J.-C. d’Hérode Agrippa Ier, petit-fils d’Hérode le Grand et roi de la tétrarchie (territoires connexes de la Galilée).

Le traitement infligé à ce pauvre Carabas ne ressemble-t-il pas aux moqueries que va subir Jésus à l’issue de son procès ?

Qu’est devenu Barabbas ensuite ?

Les évangiles (apocryphes ou non) ne nous disent rien de la vie de Barabbas après sa libération. L’auteur suédois Pär Lagerkvist (prix Nobel de littérature en 1951) écrivit un roman pour combler ce vide et Hollywood en tira un film en 1961 avec Anthony Quinn dans le rôle principal :

Même si le film (à part les premières minutes) n’a aucun fondement historique, je le trouve tout de même de bonne facture pour un péplum des années 60. Le portrait psychologique de Barabbas est intéressant.

Conclusion / Convictions

En bonne méthodologie historique, on juge un événement (ou une parole) comme raisonnablement crédible s’il est cité par au moins deux sources indépendantes. La majorité des exégètes actuels considèrent que :

  • les trois évangiles canoniques sont interdépendants;
  • Jean est une source indépendante
  • … mais que les quatre partagent un récit de la Passion commun (écrit  ou oral, on ne sait pas le dire).

Donc, suivant ce critère, on ne peut pas statuer sur l’historicité de l’événement « libération d’un certain Barabbas au lieu de Jésus ». La seule chose que l’on puisse dire est que soit cette histoire est soit issue d’une tradition très ancienne, soit qu’un tel événement s’est bien déroulé.

La tradition selon laquelle le préfet romain aurait relâché un prisonnier à l’occasion de la Pâque juive me semble historiquement plausible :

  • La libération de prisonniers à l’occasion d’une fête était une coutume établie au temps des Romains ;
  • Un préfet romain avait ce pouvoir ;
  • La fête de Pâque (Pessa’h) est aussi appelée la fête de la libération.

Comme on dit, toute légende ou tout mensonge a souvent un fond de vérité, pour semer la « petite graine » qui va ensuite se développer. A contrario, inventer une telle coutume aurait présenté un risque de désaveu pour les évangélistes.

Le fait que la libération de Jésus eût été en balance avec la libération d’un autre prisonnier me semble elle aussi plausible, mais j’imagine plutôt une négociation entre Pilate et les autorités juives, soit pour désigner directement le prisonnier à libérer, soit pour désigner les 2 candidats au vote du public comme c’est le cas dans les télé-crochets de notre époque. Un peu de démagogie est toujours utile pour les gouvernants de toute époque.

Par contre, je pense que le triple (quadruple) rejet est une pure construction théologique. Autant on peut imaginer que Ponce Pilate, dans le contexte particulier de la Pâque, ait demandé au peuple juif qui libérer voire proposé explicitement la libération Jésus, autant sa lourde insistance (insister 3 fois pour « libérer le Roi des Juifs » !) est absolument inconcevable d’un point de vue historique.

Je ne comprends d’ailleurs pas les historiens (nombreux) qui s’acharnent à faire de Barabbas un révolté contre l’ordre romain. Rien ne me semble soutenir cette thèse : ni l’analyse des textes, ni la logique pure. Comment Pilate aurait pu accepter de libérer un rebelle à l’ordre romain ? Je vois donc en Barabbas un pauvre type ramassé par hasard lors d’une rafle. Le fait qu’il soit connu de la foule signifie probablement qu’il était un habitant de Jérusalem.

S’appelait-il Barabbas ? Rien n’est moins sûr… Le personnage de Barabbas est un jumeau « noir » de Jésus.

Mon opinion est que cet épisode est une invention des évangélistes, un midrashim de plusieurs textes de l’Ancien Testament (Lévitique, Amos, Ezekiel…). Le midrash est une technique juive d’exégèse des textes bibliques. Au lieu d’analyser littéralement le texte, cette technique construit un nouveau texte en déformant un texte original par des paraboles, des allégories, des métaphores, des jeux de mots (pouvant mélanger hébreu et araméen), des permutations de voyelles et même en utilisant la valeur numérique des mots. Selon Daniel Boyarin, « le midrash est un « mode de lecture biblique qui relie des passages et des versets différents pour élaborer de nouveaux récits (…). Les rabbins qui ont élaboré la manière midrashique de lire considéraient la Bible comme un énorme système de sens, chaque partie commentant ou complétant tout autre partie. Ils étaient ainsi capables de fabriquer de nouveaux récits à partir de fragments des anciens textes de la Bible elle-même (…). Les nouveaux récits, qui se fondent étroitement sur les narrations bibliques mais qui les élargissent et les modifient également, sont tenus pour les équivalents des récits bibliques eux-mêmes. » (source)

Le sous-titre de mon blog est « Entre Raison et Foi, une relecture des textes bibliques ». Faire appel à la pure raison est une impasse, au moins en l’absence de nouvelles sources. Les différents éléments du récit sont individuellement tous plus ou moins crédibles et toutes les analyses peuvent aller de la croyance in-extenso à l’anecdote telle qu’elle est racontée par l’un ou l’autre des évangélistes ou, à l’opposé du spectre, en faire une invention complète des évangélistes, une construction théologique, un pur midrashim.

Au-delà reste le message, positif et négatif : la foule est amenée à choisir entre le Juste et le Bandit, entre le Bien et le Mal, entre une révolte armée ou une révolte pacifique contre l’occupant. Cette foule fait le mauvais choix, puisqu’elle sacrifie le Juste et qu’au final elle en paiera le prix fort, Jérusalem étant 2 fois détruite dans les 100 années suivantes. Cet épisode a malheureusement fait aussi le lit de l’antisémitisme au Moyen-Âge qui reprochera à la foule anonyme et hargneuse des Juifs d’avoir décidé de faire crucifier le Messie…

Pour finir sur une touche humoristique, ce texte nous enseigne aussi à quel point le recours à un référendum est un outil dangereux qui peut conduire à de mauvaises décisions 🙂

Références

Webographie

  • https://fr.wikipedia.org/wiki/Barabbas
  • http://www.interbible.org/interBible/decouverte/comprendre/2003/clb_030926.htm
  • http://www.atramenta.net/lire/oeuvre37677-chapitre239709.html
  • http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/philon/flaccus.htm
  • https://ia800704.us.archive.org/31/items/BarabbasDansLhistoire/BarabbasDansLhistoire.pdf
  • http://www.jesusneverexisted.com/barabbas.html

Bibliographie

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